06. L’histoire du tatami (2)

Le tatami comme siège.

 

À partir de la période Heian (qui débute en 794 après JC), le Japon commence à développer une culture propre sans imiter celle du continent. Sont créés dans ce contexte des œuvres littéraires comme Notes de chevet ou Le Dit du Genji, et de nombreux emaki (rouleaux illustrés) les illustrant et où figurent en fait de nombreux dessins de tatamis.

 

Sur le emaki du Dit du Genji connu pour son héros, véritable séducteur de son époque, sont représentés des personnages assis sur des tatamis à bordures ungenberi. Dans les Nenjū-gyōji-emaki, des rouleaux illustrant les cérémonies de l’année, on voit des personnes assister à des danses depuis des tatamis posés en extérieur.

 

Tout cela nous permet de comprendre que les nobles utilisaient les tatamis comme sièges déplaçables. Pour l’anecdote, beaucoup des figures du Hyakunin Isshu, un jeu de cartes basé sur les waka (les poésies japonaises), sont assises sur des tatamis. Ce jeu est devenu à la mode à partir du XVIème siècle et montre que dès cette époque, on se représentait les nobles de la période Heian assis sur des tatamis.

 

Le tatami comme futon

 

Dans les emaki de cette époque, on peut aussi voir des tatamis utilisés comme futons. Prenons par exemple les emaki du Journal de Murasaki Shikibu, auteur à succès de son époque. Dans l’un d’eux, des femmes se trouvent dans une chambre à coucher et sont assises sur une sorte de matelas appelé shitone, posé lui-même sur un tatami. Deux femmes et un nourrisson se trouvent sur celui-ci, et sa taille laisse comprendre qu’il est utilisé non comme siège, mais comme futon.

 

Ainsi, au XIIème siècle, les tatamis étaient posés à l’endroit voulu quand on en avait besoin, et pouvaient être utilisés comme siège ou comme futon.

 

Le tatami comme plancher

 

C’est à partir de l’époque des samouraïs, au XIVème siècle, que l’on commence à poser les tatamis sur toute la surface de la pièce. Leur épaisseur est ajustée pour arriver arrive à hauteur des shikii (les rails où sont installées les portes coulissantes), et les pièces sont construites afin qu’il n’y ait aucun espace entre ni entre les tatamis, ni entre ces derniers et les shikii. Les tatamis commencent à être utilisé comme plancher, comme on le fait aujourd’hui.

 

Au XVIème siècle, tous les samouraïs en étaient venus à les apprécier, ce qui fit prospérer le commerce des vendeurs de tatamis, conduisant même à la création de quartiers spécialisés. Au milieu de la période Edo (vers le XVIIème siècle), les maisons populaires commencent aussi à utiliser le tatami comme plancher.

 

Dans les ukiyo-e représentant la vie du peuple, on trouve beaucoup d’illustration d’artisans en train de fabriquer des tatamis, montrant ainsi à quel point ces personnes faisaient partie du quotidien. Dans la ville d’Edo (actuelle Tokyo), il existait des habitations populaires partagées nommées nagaya, et leurs occupants y ramenaient des tatamis pour en faire leur plancher De plus, lorsqu’ils déménageaient, ils les emportaient avec eux, prouvant qu’ils étaient indispensables et qu’ils représentaient une partie du patrimoine.